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A think piece by ESSFI:​ l’Economie Sociale et Solidaire face aux nouveaux défis du monde du travail

l’Economie Sociale et Solidaire face aux nouveaux défis du monde du travail : Entre pratiques économiques équitables, solidaires et inclusives ET l’objectif d’un développement durable des populations

* The aritcle is written by ESSFI as part of the joint project of GSEF Communicatino Working Group, you can also check out the original article at the ESSFI webpage here

 

 

1. Les inégalités des chances, corollaire de la persistance de la pauvreté et des inégalités des revenus

 

 

1.1. La menace de la pauvreté pour la population active

La persistance de l’extrême pauvreté, qui perdure malgré les progrès réalisés au cours de ces dernières années, illustre bien l’importance centrale que revêt la lutte pour la réalisation des droits économiques et sociaux. En 2013, 767 millions de personnes vivait en dessous de la ligne de pauvreté fixée internationalement à 1.90 US$ par jour et par personne (PPA). Cela sous-entend que presque 11 personnes sur 100 sont pauvres[1].

La menace de la pauvreté ne vise pas seulement les citoyens les plus pauvres de la planète : dans l’Union européenne, près de la moitié des chômeurs – 48,7 % exactement – étaient menacés de pauvreté en 2016[2] et ce chiffre avait subi une augmentation régulière les années précédentes.

La pauvreté, ne touche pas seulement les chômeurs : la pauvreté dans le travail est aussi fréquente. Et pour cause, le nombre de travailleurs dans des formes d’emploi vulnérable[3] atteint 42 % des travailleurs dans le monde, soit 1,4 milliard[4]. La population active est donc également menacée par la pauvreté.

Cette tendance doit d’ailleurs être perçue au travers du spectre des inégalités de revenus : la distribution des revenus du travail et du capital s’est élargie avec la crise de 2008 [5] et un certain nombre de groupes démographiques sous-tendent ces tendances du marché du travail. Parmi ces groupes, les femmes et les jeunes sont moins susceptibles de participer au marché du travail.

 

1.2. La mise à mal du consensus sur l’égalité des chances

Il semble cependant exister un consensus sur le fait que chaque être humain a droit, à tout le moins, à l’égalité des chances. Le problème est que, dans de nombreuses sociétés, les populations les plus défavorisées commencent dans la vie avec un handicap et rencontreront plus d’obstacles sur leur chemin que d’autres[6]. Il existe donc une relation négative évidente entre les inégalités économiques dans un pays et la mobilité intergénérationnelle des revenus. Alan Krueger a qualifié ce phénomène de « courbe de Gatsby le magnifique ».

L’inégalité des chances alimente donc la menace de la pauvreté -voire extrême pauvreté -les inégalités de revenus et l’insécurité économique. Ces inégalités de revenus se creusent dans nos sociétés, sous l’influence notamment de la mondialisation qui a conduit à l’intensification de la concurrence à tous les niveaux et l’omnipotence du marché. L’inversion dans le capital humain des personnes - en d’autres termes l’éducation, la santé, sécurité alimentaire – est un pari gagnant à long terme pour qu’une population puisse réduire l’écart des inégalités des revenus qui la divise et donc bénéficier de l’opportunité d’améliorer sa qualité de vie.

En ce qui concerne les pratiques économiques, il est également possible de déceler des opportunités de travailler, de produire, d’investir, d’entreprendre, de consommer « autrement », en s’appuyant sur les mutations de notre monde qui affectent l’emploi,

 

 

2. Mutations dans le Monde et mutation du travail : une opportunité pour l’économie sociale et solidaire

 

 

Au moins cinq facteurs structurels de notre Monde façonnent plus que jamais le monde du travail : 1. l’évolution démographique, 2. les technologies - notamment la révolution numérique et les nouvelles formes de produire -, 3. la mondialisation qui, comme nous l’évoquions, a conduit à l’intensification de la concurrence et omnipotence du marché, 4. les migrations internationales et enfin, 5. l’épuisement des ressources naturelles et le changement climatique.

En ce qui concerne l’évolution démographique, les projections de la population établies par les Nations Unies jusqu’en 2100 indiquent une croissance continue de la population en âge de travailler, croissance presque entièrement concentrée dans les pays en développement. En effet, il y a actuellement dans le monde 2 milliards de jeunes qui ont moins de vingt ans et nous allons passer de 7,5 milliards d’habitants 11,2 milliards d’individus en 2100, selon les prévisions et statistiques démographiques des Nations Unies[7]. D’un côté, il y a de très nombreux emplois à créer, mais de l’autre, c’est l’opportunité de les créer « autrement » donc, dans le respect des personnes comme des environnements écologiques et culturels. L’ESS pourrait ainsi s’imposer comme un levier de création d’emplois. 

Ensuite, les technologies de l’information et de la communication, et plus récemment, l’intelligence artificielle entraînent des transformations radicales et conduisent à la modernisation de la gestion du monde du travail. La révolution technologique et l’économie de marché mondiale - qui est ouverte à la concurrence, à la libéralisation des échanges commerciaux et aux flux de capitaux - sont fortement imbriquée. L’innovation, selon certains chercheurs, est d’ailleurs devenu une arme concurrentielle[8]. De plus, les nouveaux modèles de production qui s’appuie donc sur les innovations ont comme principal objectif décroitre la part des tâches humaines dans la production et par conséquent, de diminuer ce qu’on appelle « les coûts récurrents ». Ces innovations peuvent néanmoins être mise à profit et être valorisées comme des éléments moteurs d’une économie à la fois plus généreuse et plus juste. Flint, par exemple, est une plateforme collaborative en ligne qui permet d’entraîner des intelligences artificielles à trouver sur internet les informations les plus pertinentes sur une thématique donnée. MyCo est une coopérative détenue par les internautes, qui promet aux utilisateurs de reprendre le contrôle de leurs données.

La mondialisation est un autre facteur qui a profondément modifié le secteur de l’emploi. Elle se caractérise par l’augmentation des échanges internationaux de biens et de services et des mouvements de capitaux et de personnes. Elle a conduit à l’intensification de la concurrence à tous les niveaux : de l’inter-individu à l’inter-étatique, générant alors un sentiment de menace de l’Autre. Cependant, de nouvelles voies sont à explorer où le souci de ne laisser personne et aucune région en arrière l’emporte sur les logiques concurrentielles afin que chacun puisse s’assumer et faire sa part de la gestion des communs de l’humanité. C’est d’ailleurs l’idée de Territoires Zéro Chômage dont l’objectif est de réintégrer dans le monde du travail des chômeurs de longue date en mettant à profit leurs capacité et en créant un projet professionnel sur mesure. Avoir un rôle dans la société génère estime de soi et bien-être social.

Les migrations liées à l’impossibilité de survivre dans son lieu d’origine, mettent d’ailleurs en lumière ce sentiment de menace généré par la logique concurrentielle : dans ces circonstances, l'arrivée de nouveaux travailleurs signifierait plus de concurrence entre tous et toutes et, par conséquent, l'emploi pris par les uns détruirait celui des autres. Mais le marché du travail n'est pas figé : la quantité de travail n'est pas une grandeur fixe à partager. Il serait judicieux de reconnaitre et valoriser les initiatives novatrices des migrants qui préfèrent entreprendre dans l’entre-deux des territoires et dans les interstices de la mondialisation que de dépérir. Elles génèrent de nouveaux métiers et activités qui tissent du lien social et métissent les sociétés et les identités. Les dynamiques associatives que génèrent les migrations comportent de nombreux exemples d’économie solidaire.

Il est indispensable de gérer au mieux les migrations – internes ou internationales - puisqu’une motivation d’un autre type est en train de s’ajouter à la longue liste des motivations à chercher refuge ailleurs : il s’agit de l’aggravation des effets du changement climatique et l’épuisement des ressources naturelles. L’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud et l’Amérique latine, pourraient être globalement confrontées à la présence de plus de 140 millions de migrants climatiques internes d’ici 2050[9]. Des habitants seront donc forcés de se déplacer en raison des sécheresses, des mauvaises récoltes, de l’élévation du niveau de la mer et de l’aggravation des ondes de tempêtes. Il est également important d’aider les gens à faire le bon choix entre rester là où ils vivent ou se déplacer là où ils seront moins exposés aux dérèglements du climat. La Grande Muraille Verte, ligne d'arbres et de plantes traversant le Sahel sur 8 000 km de long, de la côte atlantique du Sénégal à la côte est de Djibouti, a comme objectif d’enrayer la désertification en venant en soutien à l'économie locale par l'augmentation de la sécurité alimentaire dans cette zone de désertification.

 

 

3. L’économie sociale et solidaire, une voie pour assoir un développement durable au service des populations

 

 

3.1. L’économie sociale et solidaire : vers des pratiques économiques équitables, solidaires, inclusives donc durables

On s’accorde de plus en plus à reconnaître que la croissance économique ne suffit pas pour réduire la pauvreté si elle n’est pas bénéfique à toutes et tous et ne concerne pas les trois dimensions du développement durable, c’est-à-dire économique, sociale et environnementale. C’est pourquoi, l’économie sociale et solidaire s’impose comme un choix économique et politique qui promeut des pratiques économiques à impact social et environnemental positif.

En effet, dans de nombreux pays du Sud, l’économie populaire mobilise de larges pans de la population, ce qui atteste que l’entreprenariat s’inscrit comme moteur du développement local porté par les communautés. L’entreprenariat social, pour autant qu’il se conforme aux critères de l’ESS, articule production, services et consommation. Les transformations doivent donc emprunter cette voie de liens intrinsèques entre producteurs et consommateurs qui se trouvent face à un monde nouveau à construire : un monde équitable et solidaire.

Dans les pays dits développés, des politiques de développement actives de la main d’œuvre ont conduit à l’émergence d’initiatives de création d’activités économiques visant l’intégration. Bien que les problématiques soient différentes entre les pays du Sud et les pays développés, l’économie sociale et solidaire, ou s’associer pour entreprendre autrement, est une façon de favoriser un essor endogène, équitable, solidaire, inclusif afin d’avoir un réel impact sur le développement durable au service des populations.

 

3.2. Le développement durable au service des populations : ligne directrice de l’économie solidaire et sociale

Ainsi, il ne s’agit pas seulement de lutter contre la pauvreté, les inégalités et l’insécurité économique, mais il s’agit également de trouver des solutions durables. Du fait de son ancrage local – dans l’enceinte communautaire, de quartier, de circonscription territoriale, rurale ou urbaine – mais également régional, l’ESS est à même de contribuer à asseoir un développement durable qui répond à des besoins réels, identifiés communément par celles et ceux qui en font l’expérience.

L’ESS est mobilisée pour la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD), notamment en ce qui concerne l’habitat, l’alimentation, la protection de l’environnement, le développement local, la promotion des droits de la femme et son émancipation, l’éducation, la santé et la transition énergétique ou encore, la transformation des modalités de financement. Dans tous ces domaines l’ESS offre des services de qualité, dont l’efficacité est souvent mise en valeur à travers la notion de confiance, d’engagement citoyen, d’intérêt général. Bien plus encore, elle offre des solutions, issues de la mobilisation de ressources mixtes, publiques, privés, communes, faisant de réelles propositions de solutions durables à des défis publics majeurs.

Ce grand objectif qu’est le développement durable – composé par trois facettes à savoir, développement économique, développement social et protection de l’environnement – est la ligne directrice du modèle économique social et solidaire.

 


[1] Banque Mondiale (2018), Open Knowledge, (Consultée le 3 septembre 2018), Lien : https://openknowledge.worldbank.org/bitstream/handle/10986/25078/9781464...

[2] Eurosttat (2018), Almost half the unemployed at risk of monetary poverty in the EU, 26 février 2018, Lien : https://ec.europa.eu/eurostat/web/products-eurostat-news/-/DDN-20180226-...

[3] Les mutations économiques et sociales font apparaître des situations nouvelles qui demandent que soit redéfinie la protection des travailleurs: le travail à temps partiel et la réduction du temps de travail, l’alternance de plus en plus fréquente entre les statuts de salarié et de travailleur indépendant, l’augmentation du nombre de travailleurs indépendants, l’augmentation de la main d’œuvre contractuelle et des employés sous contrat à durée déterminée du secteur public, la multiplication des contrats à durée ou à service déterminé et de travail intérimaire, les nouvelles formes d’embauche dans les secteurs de l’information et des communications (télétravail, sociétés virtuelles sur Internet, etc.).

[4]  Bureau International du Travail (2018), Emploi et question sociale dans le monde, Résumé analytique,  Lien :  https://ilo.org/wcmsp5/groups/public/---dgreports/---dcomm/---publ/docum...

[5] OCDE (2018), Inégalité de revenu (indicateur), Consulté le 05 septembre 2018,

[6] Rapport du Rapporteur spécial sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, Philip Alston (2015), Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, 25 mai 2015.

[7] Nations Unies (2018), La Population, Lien : http://www.un.org/fr/sections/issues-depth/population/index.html

[8] David Encaoua, David Ulph (2000), Concurrence, innovation et croissance : un modèle de création non destructrice, Cahiers d'Économie Politique Année 2000, page 155-176

[9] Banque Mondiale (2018), consulté le 5 septembre 2018, Lien :  https://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2018/03/19/meet-the-human...

 

* This article is written by ESSFI, GSEF communication working group member

The GSEF CWG (Communication Working Group) will explore the four central themes of the ‘GSEF2018 – Values and Competitiveness for Inclusive and Sustainable Local Development’ to highlight the significance of the topic and to provide background information for readers. Four CWG members will take on four topics respectively, and the writing will be covered via the GSEF newsletter featured article section.

Plan for covering the GSEF 2018 central theme

  1. Co-creation of public policies by RIPESS (Newsletter June edition)
  2. The contribution of the Social Economy to the Transformation of the territory by Montreal City and Chantier de l'économie sociale (Newsletter July edition)
  3. Challenges for the Growth of Social Economy Institutions by APAY (Newsletter Aug edition)
  4. The future of work and employment: the role of the Social Economy by ESSFI (Newsletter Sep edition)

* The aritcle is written by ESSFI as part of the joint project of GSEF Communicatino Working Group, you can also check out the original article at the ESSFI webpage here